On passe la main sur un pot posé à l'ombre légère d'une terrasse, quelques feuilles gaufrées se froissent, et une odeur boisée, terreuse, un peu camphrée reste sur les doigts pendant de longues minutes. Ce parfum, beaucoup le connaissent en flacon sans avoir jamais vu la plante qui le produit : une herbacée sans éclat particulier, aux tiges velues et aux feuilles vert foncé.

Fin octobre, ce même pot pose une question très concrète. Le patchouli vient des régions tropicales d'Asie, et la première nuit de gel peut le tuer. Comprendre d'où il vient, ce qu'il attend et pourquoi son odeur se loge dans les feuilles permet de le garder plusieurs années, même loin des tropiques.

Le patchouli, une labiée venue d'Asie tropicale

Le patchouli porte le nom botanique de Pogostemon cablin. Il appartient à la famille des Lamiacées, celle de la menthe, de la sauge, du thym ou de la lavande.

La fiche que lui consacre le National Parks Board de Singapour décrit une herbacée vivace, dressée, originaire d'Asie tropicale et adaptée à un climat chaud et humide. Elle atteint de 30 cm à 1 m de haut. Ses tiges sont tomenteuses, c'est-à-dire couvertes de poils laineux et emmêlés, ce qui leur donne un toucher feutré.

Les feuilles, persistantes, sont rondes à largement ovales, avec un bord irrégulièrement incisé et une surface bombée entre les nervures.

La floraison est discrète et rare en culture sous nos latitudes. Lorsqu'elle se produit, elle prend la forme d'épis de fleurs pourpres, groupées en verticilles serrés d'une dizaine de fleurs ou plus. L'épi mesure de 4 à 6,5 cm de long pour 1,5 à 1,8 cm de large.

D'où vient l'odeur du patchouli

Contrairement à la lavande, dont on récolte les épis, le patchouli concentre ses composés aromatiques dans les feuilles. L'huile essentielle commerciale en est extraite, puis entre dans la composition de parfums et de savons. Une feuille fraîche, intacte, sent peu ; il faut la froisser pour libérer l'odeur. Séchée, elle la garde longtemps, ce qui explique son usage ancien dans les sachets glissés entre les étoffes.

La synthèse publiée en 2016 dans la revue Industrial Crops and Products par M. K. Swamy et U. R. Sinniah, référencée par la FAO, rappelle le poids économique de cette plante. L'huile de patchouli est très demandée par l'industrie des arômes et des parfums ainsi que par la pharmacie. Sa culture à grande échelle intéresse de plus en plus d'agriculteurs dans les pays tropicaux et subtropicaux.

Les auteurs insistent sur deux points qui éclairent aussi la culture d'amateur. D'abord, la multiplication se fait surtout par clonage, c'est-à-dire par boutures ou par culture de tissus, afin d'obtenir des plants identiques à partir de pieds sélectionnés. Ensuite, la demande est telle que des huiles frelatées circulent, d'où l'intérêt de méthodes pour détecter les adultérants. Un flacon très bon marché vendu sous ce nom n'est donc pas forcément pur.

Bac d'aromatiques vu du dessus, avec menthe, basilic, romarin et origan, posé sur du gravier blanc

Cultiver le patchouli en pot sous un climat français

En métropole, hors de quelques jardins très abrités du littoral méditerranéen, le patchouli ne passe pas l'hiver en pleine terre. La solution la plus simple reste le pot : il sort au jardin, sur la terrasse ou sur le balcon une fois les gelées passées, et rentre dès que les nuits fraîchissent nettement.

Exposition : une mi-ombre lumineuse

La fiche de Singapour classe le patchouli parmi les plantes de mi-ombre. Dans son milieu d'origine, il pousse à la lumière tamisée, et un plein soleil d'après-midi en été finit souvent par brûler ou ternir les feuilles. Un emplacement qui reçoit le soleil du matin, puis l'ombre légère d'un arbre, d'une pergola ou d'un mur, lui convient bien.

Terre et pot : le drainage avant tout

Le patchouli réclame un sol bien drainé. En pot, cela se traduit par un contenant percé, une couche drainante au fond et un terreau pour plantes en pot allégé, par exemple avec un peu de sable ou de billes d'argile. Les racines supportent mal de rester dans l'eau stagnante d'une soucoupe, surtout lorsqu'il fait frais.

Un pot de 25 à 30 cm de diamètre suffit à une jeune plante. Comme la croissance est rapide en saison chaude, un rempotage au printemps dans un contenant un peu plus grand évite que la motte ne s'épuise.

Arrosage : modéré et régulier

Les besoins en eau sont qualifiés de modérés. En été, on arrose quand la surface du terreau est sèche sur un ou deux centimètres, en évitant de laisser le pot se dessécher complètement.

En hiver, à l'intérieur, la plante pousse beaucoup moins et boit moins. On espace alors les arrosages, en gardant la motte à peine fraîche. Un apport d'engrais pour plantes vertes toutes les deux à trois semaines, de mai à septembre, soutient la production de feuilles.

Octobre : rentrer le patchouli avant les premiers froids

L'automne est la période critique. Le patchouli est une plante tropicale : le gel lui est fatal, et une longue période de fraîcheur humide suffit à l'affaiblir. Dans la moitié nord de la France, il vaut mieux le rentrer dès la mi-octobre, avant que les nuits ne descendent trop près de zéro.

Avant de le rentrer, quelques gestes limitent les ennuis :

  • inspecter le revers des feuilles et les tiges, pour ne pas faire entrer pucerons, aleurodes ou cochenilles dans la maison ;
  • retirer les feuilles abîmées et les tiges dégarnies ;
  • laisser le terreau sécher un peu en surface, pour éviter de rentrer un pot détrempé.

Plusieurs lieux conviennent pour l'hivernage : une pièce lumineuse et tempérée, une véranda hors gel ou une serre chauffée. Une serre de jardin non chauffée, en revanche, ne protège pas assez le patchouli des nuits les plus froides. Le même raisonnement vaut pour d'autres plantes frileuses que l'on met à l'abri en même temps, comme la belle de nuit, dont on garde les tubercules au sec pendant l'hiver.

Au printemps, la sortie se fait progressivement : quelques heures dehors à l'ombre les premiers jours, puis toute la journée, une fois le risque de gelée écarté.

Bouturer le patchouli pour renouveler la plante

La propagation se fait par graines ou par boutures de tige, mais les graines sont difficiles à trouver et la floraison est rare en culture. La bouture est donc la méthode la plus sûre, et c'est aussi celle que privilégient les producteurs, comme le souligne la synthèse publiée en 2016.

Le principe est celui de la menthe ou du basilic :

  1. prélever un tronçon de tige sain de 8 à 10 cm, juste sous une paire de feuilles ;
  2. retirer les feuilles du bas pour ne garder que deux ou trois paires au sommet ;
  3. piquer la tige dans un mélange de terreau et de sable maintenu frais, ou la placer dans un verre d'eau ;
  4. garder la bouture au chaud et à la lumière, sans soleil direct, jusqu'à l'apparition de nouvelles feuilles.

Les boutures prises au printemps ou en été s'enracinent le plus facilement.

Boutures feuillées enracinées dans des tubes d'eau alignés sur un support transparent

Récolter et sécher les feuilles chez soi

Un pied bien installé supporte que l'on prélève régulièrement des feuilles pendant la saison de croissance.

Pour sécher, on étale les feuilles sur un papier ou une claie, à l'ombre, dans un endroit sec et aéré. Une fois cassantes, elles se conservent dans un bocal fermé. Glissées dans un sachet de tissu, elles parfument une armoire ou un tiroir. Leur usage traditionnel pour protéger les étoffes des mites est ancien, mais il relève de la tradition : il ne remplace pas le nettoyage et l'aération des vêtements.

Huile essentielle de patchouli : ce que la plante en pot ne permet pas

Extraire soi-même une huile essentielle exige un alambic et bien plus de feuilles qu'un pot n'en produit. L'huile vendue dans le commerce est un produit concentré. La fiche de Singapour mentionne des usages traditionnels en aromathérapie, en particulier contre l'anxiété, tout en rappelant que ces informations ne remplacent pas un avis médical. Avant tout usage sur la peau ou à visée de soin, notamment chez la femme enceinte, l'enfant ou une personne qui suit un traitement, il faut demander conseil à un médecin ou à un pharmacien.

RepèrePatchouli en pot
Nom botaniquePogostemon cablin, famille des Lamiacées
OrigineAsie tropicale
Hauteur30 cm à 1 m
ExpositionMi-ombre lumineuse
SolBien drainé
ArrosageModéré, réduit en hiver
MultiplicationBoutures de tige (graines rares)
Partie parfuméeLes feuilles
HivernageÀ l'abri du gel, dans un lieu lumineux

Questions fréquentes

Le patchouli peut-il rester dehors l'hiver ?

Non, sauf dans un endroit qui ne gèle jamais. C'est une plante d'Asie tropicale : il faut la rentrer en automne dans une pièce lumineuse et tempérée, une véranda hors gel ou une serre chauffée.

Pourquoi mon patchouli ne sent-il rien ?

L'odeur est contenue dans les feuilles et ne se libère vraiment que lorsqu'on les froisse. Une feuille intacte sent peu. Le parfum devient plus net sur une feuille frottée entre les doigts ou séchée.

Le patchouli fleurit-il en pot ?

Rarement sous nos climats. Quand il fleurit, il forme de petits épis de fleurs pourpres de quelques centimètres. Sa floraison n'a pas d'intérêt décoratif particulier : on le cultive pour son feuillage.

Comment multiplier le patchouli ?

Par bouturage de tige, au printemps ou en été : un tronçon de 8 à 10 cm, débarrassé de ses feuilles basses, s'enracine dans un terreau léger maintenu frais ou dans un verre d'eau.

Quelle exposition pour le patchouli ?

Une mi-ombre lumineuse : soleil du matin, ombre légère l'après-midi. Le plein soleil d'été abîme souvent les feuilles, tandis qu'un coin trop sombre de la maison le fait s'étioler en hiver.

L'huile essentielle de patchouli est-elle sans risque ?

C'est un produit concentré. Les usages traditionnels décrits par les fiches botaniques ne remplacent pas un avis médical : il faut demander conseil à un médecin ou à un pharmacien avant tout usage à visée de soin.

Sources et références

  • National Parks Board Singapour, Flora & Fauna Web, fiche Pogostemon cablin — www.nparks.gov.sg
  • FAO AGRIS, Swamy et Sinniah, Patchouli (Pogostemon cablin Benth.) : Botany, agrotechnology and biotechnological aspects, Industrial Crops and Products, 2016 — agris.fao.org