Le kit de cinq marches est monté, les limons vissés, mais le haut de la volée arrive trois doigts sous le seuil de la terrasse. Pour rattraper l'écart, on ajoute une cale sous la dernière marche, qui devient plus haute que les autres. L'Agence Qualité Construction cite ce bricolage parmi les défauts relevés sur les chantiers : des escaliers préfabriqués adaptés sur place avec une marche d'extrémité de plus de 0,18 m, et un risque de chute accru à la clé.

Un escalier extérieur en bois réussi tient donc à trois décisions prises dans l'ordre : le bois et son traitement, la façon dont il touche le sol, puis le dessin des marches. Le reste, rampe comprise, en découle.

Quel bois pour un escalier en bois extérieur

La classe d'emploi avant l'essence

La norme NF EN 335 définit cinq classes d'emploi, qui décrivent la situation du bois en service et non sa qualité. Le FCBA le rappelle : une classe d'emploi n'est pas une classe de performance. Pour un escalier pour extérieur, deux situations se présentent.

  • Classe 3.2 : bois hors sol, exposé à la pluie, qui reste humide sur des périodes longues mais non continues. Un limon vertical bien ventilé peut s'y ranger.
  • Classe 4 : bois en contact avec le sol ou l'eau douce et, par extension, ouvrages aériens qui piègent l'eau. Le FCBA y range la majorité des platelages, caillebotis et mobiliers d'extérieur. Une marche horizontale où l'eau stagne dans les assemblages relève de cette logique.

Le fascicule FD P20-651 affine le classement selon trois paramètres : la zone géographique, la massivité des pièces et la conception (rétention d'eau ou dessin drainant). Un escalier en bois exterieur au nord, sous des arbres, dans une région pluvieuse, mérite d'être traité comme un ouvrage de classe 4 même si aucune pièce ne touche la terre.

Durabilité naturelle ou conférée

Deux voies mènent à un bois apte. La première est la durabilité naturelle, qui ne concerne que le duramen, le bois de cœur. L'aubier, la partie extérieure du tronc, est toujours non durable : une pièce qui en contient doit être traitée.

Pour les aménagements extérieurs, le guide du FCBA donne ces repères :

EssenceLimite d'emploi indiquéeCondition
Mélèze, douglas, pinjusqu'en classe 3.2sans aubier
Chêne, châtaignierjusqu'en classe 4 hors solsans aubier
Robinier, certains bois tropicauxclasse 4naturellement durables
Pin maritime, pin sylvestreclasse 4durabilité conférée par autoclave
Douglas avec aubierclasse 3.2 au maximumtraité

La seconde voie est la durabilité conférée par un traitement. Seul l'autoclave, qui combine vide et pression, fait pénétrer le produit en profondeur et permet d'atteindre les classes 3.2 et 4 ; ces produits sont généralement à base de cuivre. Encore faut-il que l'essence accepte le produit. Le sapin, l'épicéa et le douglas sont dits réfractaires : ils s'imprègnent mal. C'est pourquoi la plupart des kits du commerce sont en pin, essence imprégnable que le FCBA juge parfaitement adaptée à la classe 4.

Lire l'étiquette sans se tromper

Le FCBA qualifie d'abus de langage l'expression « bois traité classe 4 ». La formulation correcte est « traité pour une aptitude à l'usage en classe d'emploi 4 ». La nuance n'est pas que verbale : elle renvoie à une exigence de pénétration (tout l'aubier pour une essence imprégnable en classe 4) et de quantité de produit retenue. La marque CTB-B+, délivrée sous accréditation du COFRAC, atteste que le traiteur respecte ces exigences et fournit une attestation de traitement. Pour les pièces enterrées, le FCBA recommande la rétention renforcée dite SP, prévue pour des durées de service supérieures à 15 ans.

Escalier extérieur en bois peint sans contremarches contre un bardage, décoré d'une citrouille et de chrysanthèmes

Escalier extérieur en kit ou fabriqué sur mesure

Les escaliers extérieurs en kit dominent l'offre : volées droites de quelques marches, avec ou sans contremarches, parfois avec palier et rambarde. Ils conviennent quand la hauteur à franchir tombe juste sur l'un des modèles proposés. Quand elle tombe entre deux, la tentation est de caler, de raboter ou d'ajouter une marche différente, exactement le bricolage que signale l'AQC.

Le sur mesure, réalisé par un menuisier ou par soi-même à partir de limons découpés, s'impose dans quatre cas :

  1. la hauteur ne correspond à aucun kit sans compensation ;
  2. l'escalier doit tourner, avec un quart tournant ou un palier intermédiaire ;
  3. le sol de départ est en pente ;
  4. l'escalier prolonge une terrasse dont il doit reprendre les lames et la teinte.

Un point vaut pour les deux options : vérifiez ce que contient le colis ou le devis côté fixations au sol et au mur. Si elles ne sont pas comprises, prévoyez-les dès la commande, en acier galvanisé ou en inox, des métaux prévus pour rester dehors.

Mesurer avant de commander

La hauteur réelle, pas la hauteur estimée

Mesurez verticalement, au fil à plomb ou au niveau, entre le sol fini au départ et le dessus de la surface d'arrivée : seuil, terrasse ou palier. Le sol fini veut dire la dalle, le gravier ou les pavés une fois posés, pas la terre actuelle. Divisez ensuite cette hauteur par le nombre de marches envisagé : toutes les marches doivent avoir la même hauteur, la première et la dernière comprises. Une irrégularité de quelques centimètres suffit à faire trébucher, parce que le pied mémorise le rythme des premières marches.

L'emprise au sol

La profondeur de chaque marche multipliée par le nombre de marches donne la longueur de l'escalier au sol. Vérifiez qu'elle laisse un passage devant l'arrivée et qu'elle n'empiète pas sur une allée ou un massif. Un escalier trop court pour sa hauteur devient raide ; s'il manque de place, un palier ou un quart tournant vaut mieux que des marches étroites.

Largeur et usage

Un escalier de service vers le potager peut rester étroit. Celui qui descend d'une terrasse vers le jardin, utilisé avec un plateau ou un panier, gagne à être large, et à recevoir une rampe de chaque côté s'il sert à des enfants ou à une personne âgée.

Le pied de l'escalier, point faible de la durabilité

Le bas des limons est la zone qui pourrit en premier : il reçoit les éclaboussures, la terre et parfois l'eau qui ruisselle de la terrasse. Le FCBA classe en classe 4 tout bois en contact avec le sol et, pour les pièces fichées en terre comme les piquets, ne retient que le robinier ou des essences imprégnables traitées en autoclave.

Mieux vaut ne pas mettre le bois en contact avec la terre du tout :

  • poser le départ sur une semelle béton, une dalle ou de gros pavés, quelques centimètres au-dessus du sol fini ;
  • relier limons et appui par des pieds métalliques ou des équerres qui laissent un vide d'air sous le bois ;
  • traiter au pinceau chaque coupe faite sur place, car l'exigence de pénétration de l'autoclave porte sur l'aubier, pas forcément sur le cœur mis à nu par une recoupe ;
  • fixer le haut de l'escalier à la structure de la terrasse ou à un mur, jamais simplement appuyé.

Sur une terrasse en bois posée sur plots, le même raisonnement vaut pour la jonction : l'escalier se fixe sur la lambourde de rive ou sur une solive, pas sur une lame. Le guide Construire sa terrasse en bois sur plots détaille la structure sur laquelle cet ancrage vient se prendre.

Marches en bois grisées par les intempéries et couvertes de feuilles mortes en automne

Des marches qui évacuent l'eau

La durabilité d'une marche dépend autant de son dessin que de son traitement. Une marche pleine taillée d'un seul tenant sèche lentement si l'eau reste dessus ; plusieurs lames espacées de quelques millimètres laissent l'eau tomber entre elles. Une légère inclinaison vers l'avant chasse les flaques. Les entailles des limons qui reçoivent les marches sont des pièges à eau : préférez des tasseaux ou des équerres vissés qui portent la marche sans la noyer dans une rainure.

La question des contremarches se pose aussi. Fermées, elles donnent un escalier plein et plus massif, mais créent un recoin humide derrière chaque marche. Ouvertes, elles allègent l'ouvrage et laissent l'air circuler, au prix d'un vide où un petit pied peut glisser.

Contre la glissance, les lames rainurées offrent une prise sous la semelle. Mousses et lichens rendent pourtant n'importe quelle surface traîtresse en hiver : un brossage à l'automne et un nettoyage au printemps restent la meilleure parade, complétés si besoin par des bandes antidérapantes.

Rampe et garde-corps de l'escalier bois extérieur

Parmi les points à risque relevés par l'AQC dans les logements figure l'absence totale ou partielle de main courante. Le défaut est fréquent sur un escalier de jardin parce que l'on juge inutile une rampe pour quatre marches. Or c'est souvent sur ces volées courtes, empruntées les mains pleines, que l'on chute. Une main courante continue du bas jusqu'en haut, ronde ou à profil facile à saisir, change l'usage au quotidien. Si l'escalier longe un vide, côté terrasse surélevée par exemple, un garde-corps complet s'impose.

Entretenir un escalier exterieur en bois

Un pin traité en autoclave grise au soleil sans perdre sa protection contre les champignons. Pour garder la teinte, le même produit que sur une terrasse convient : le saturateur, appliqué sur bois sec et propre, nourrit les marches sans former de film qui s'écaille. Un contrôle annuel du serrage des vis, de l'état du pied des limons et du jeu des marches suffit à repérer une pièce à changer avant qu'elle ne casse.

Terrasse et escalier en bois : faire coïncider les deux

Quand l'escalier prolonge une terrasse, reprenez la même essence et le même sens de lame sur les marches : l'ensemble paraît conçu d'un seul tenant. Le nez de la première marche peut aligner le bord de la terrasse, la volée descendant vers le jardin dans l'axe d'une allée. Pour un ouvrage neuf, dessinez l'escalier en même temps que la structure : le palier d'arrivée, la solive d'ancrage et la hauteur finie se calent alors au centimètre, sans compensation.

Questions fréquentes

Quel bois choisir pour un escalier extérieur ?

Un pin traité en autoclave pour une aptitude à la classe d'emploi 4, ou un bois naturellement durable purgé d'aubier : chêne et châtaignier pour un usage hors sol, robinier même au contact du sol. Le douglas et le mélèze sans aubier conviennent aux pièces bien ventilées de classe 3.2.

Un escalier extérieur en kit est-il une bonne solution ?

Oui si la hauteur à franchir correspond à un modèle sans ajouter de cale ni de marche différente. Vérifiez aussi si les fixations au sol et au mur sont comprises ou à acheter à part.

Comment empêcher le bas de l'escalier de pourrir ?

En le posant sur une semelle ou une dalle légèrement surélevée, avec un appui métallique qui laisse l'air passer sous les limons. Chaque coupe faite sur place reçoit un produit de traitement au pinceau.

Faut-il des contremarches sur un escalier extérieur ?

Elles ne sont pas indispensables. Sans contremarches, l'escalier sèche mieux ; avec, il est plus fermé et plus rassurant pour les enfants, mais il faut surveiller l'humidité derrière chaque marche.

Comment rendre des marches en bois moins glissantes ?

Choisissez des lames rainurées, gardez un léger écartement pour l'écoulement de l'eau et brossez mousses et dépôts verts chaque automne. Des bandes antidérapantes complètent le dispositif sur les marches les plus à l'ombre.

Sources et références

  • FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement), Bien comprendre les classes d'emploi et la préservation des bois — www.fcba.fr
  • Agence Qualité Construction, Fiche qualité réglementaire F5 Accessibilité des logements — qualiteconstruction.com