Un nid de bourdon terrestre peut abriter jusqu'à 600 individus au plus fort de l'été, et pourtant aucun d'eux, à l'exception de quelques jeunes reines, ne verra le printemps suivant. Le bourdon ne construit pas une cité durable comme l'abeille domestique : sa colonie naît, grandit et disparaît en une seule saison.

Suivre ce calendrier mois par mois permet de comprendre ce que l'on voit au jardin : la grosse reine qui inspecte les talus en mars, les petites ouvrières de mai, les mâles qui traînent sur les fleurs en août. C'est aussi la meilleure façon de savoir quand et comment aider ces pollinisateurs.

Qui est le bourdon ?

Le bourdon appartient à l'ordre des Hyménoptères et à la super-famille des Apoïdés, celle que l'on désigne couramment comme « les abeilles ». Tous les bourdons forment un seul genre, Bombus, qui compte environ 250 espèces dans le monde et près de 50 en France, selon le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin.

C'est une abeille sauvage au corps trapu et très velu, qui se nourrit exclusivement de pollen et de nectar de fleurs. La reine est la plus grosse abeille de la colonie. Comme l'abeille domestique, le bourdon est un insecte eusocial : une reine pond, des ouvrières stériles travaillent pour elle. La comparaison s'arrête presque là, car le rythme de vie du bourdon est entièrement calé sur une seule année.

Les trois bourdons les plus fréquents au jardin

Lors d'une enquête menée de 2013 à 2015 en Basse-Normandie par le GRETIA, avec 95 collecteurs, plus de la moitié des observations portaient sur trois espèces seulement. Ce trio est le même à l'échelle régionale et ce sont les bourdons que l'on croise le plus souvent dans les jardins :

EspèceNom scientifiqueCe qu'il faut retenir
Bourdon des champsBombus pascuorumColonie de 130 à 150 individus au maximum, nid de 8 à 12 cm
Bourdon terrestreBombus terrestrisColonie pouvant atteindre 600 individus
Bourdon des pierresBombus lapidariusEspèce très répandue, peu exigeante sur les fleurs

Ces trois espèces sont peu exigeantes quant aux plantes butinées et à leur milieu, ce qui explique leur présence en ville comme à la campagne. D'autres bourdons sont bien plus rares : le bourdon des mousses (Bombus muscorum), lié aux marais et aux prairies fleuries, figure sur la liste rouge des abeilles européennes menacées.

Mars et avril : la reine sort seule de l'hiver

Le cycle du bourdon commence avec une seule femelle. Seule la reine survit à l'hiver ; dès les premiers beaux jours, en mars et en avril, elle reprend des forces en butinant nectar et pollen. C'est elle que l'on voit voler bas, lentement, le long des haies et des talus : elle cherche un site de nidification.

Les emplacements retenus varient selon les espèces : un trou dans le sol, une niche sous du bois mort, un ancien nid de petit rongeur abandonné, parfois un nichoir à oiseaux. Une souche, un tas de branches ou une bordure jamais fauchée offrent exactement ce type d'abri.

Ce démarrage précoce explique l'importance des floraisons de fin d'hiver. Une reine qui sort de sa torpeur doit trouver des fleurs à proximité, sinon elle ne pourra pas fonder sa colonie. Le bourdon y est mieux armé que l'abeille domestique : il possède une rare capacité de thermorégulation et peut butiner par temps froid, pluvieux ou nuageux, quand les ruches restent fermées.

Bourdon en vol s'approchant d'épis de fleurs blanc rosé

Avril et mai : le nid et les premières ouvrières

Une fois l'endroit choisi, la reine y édifie une boule creuse en mousse, en herbe ou dans toute matière disponible, et en enduit les parois de la cire qu'elle sécrète. Elle construit ensuite des cellules qu'elle remplit de pollen avant d'y pondre.

Environ une semaine après leur naissance, les larves, d'abord élevées ensemble, se séparent et tissent chacune leur cocon. Il en sort les premières ouvrières : des femelles de petite taille et stériles, qui prennent en charge la construction et les soins aux larves suivantes. La reine peut alors rester au nid et se consacrer à la ponte.

À ce stade, la colonie reste discrète : quelques dizaines d'allers-retours par jour à l'entrée d'un trou dans la pelouse ou sous une dalle de terrasse. Beaucoup de jardiniers ne découvrent un nid qu'en tondant ou en soulevant un pot.

Le bourdon-coucou, un intrus du printemps

C'est aussi le moment le plus fragile du nid. Les espèces du sous-genre Psithyrus, appelées bourdons-coucous, ne fondent pas de colonie : leurs femelles s'introduisent dans le nid d'un bourdon « vrai » au tout début de son développement, juste après l'apparition des premières ouvrières. Elles ne produisent pas de cire, détruisent des cellules existantes pour aménager leur propre loge, et leurs œufs sont élevés par les ouvrières de l'hôte.

On les distingue de près à un détail : les femelles de bourdon-coucou n'ont pas de brosses à pollen sur les tibias des pattes arrière, puisqu'elles ne récoltent rien. Elles portent aussi une cuirasse robuste et un aiguillon assez long, adaptés aux conflits avec leurs hôtes. Il n'existe pas de reine de bourdon-coucou.

Juin à août : la colonie à son maximum

À partir de la fin du printemps, et surtout en été, la colonie change de production. Après les ouvrières apparaissent les mâles et les futures reines, plus grandes. C'est le pic d'activité : 130 à 150 individus pour un nid de bourdon des champs, jusqu'à 600 pour un nid de bourdon terrestre.

L'été est la saison où le bourdon rend le plus de services au potager. Il pratique la pollinisation par vibration : accroché à la fleur, il fait vibrer ses muscles pour en libérer le pollen. Le gouvernement du Canada le décrit comme un pollinisateur particulièrement efficace des tomates et des poivrons, qui ont besoin de ce type de pollinisation, et le bourdon est d'ailleurs employé dans les cultures sous abri. Dans une serre de jardin laissée ouverte, il est souvent le premier visiteur des fleurs de tomates.

Sa langue, longue chez de nombreuses espèces, lui permet d'exploiter un grand nombre de plantes à fleurs. Les fleurs en tube ou à corolle profonde, comme celles des Lamiacées, lui conviennent bien : l'agastache, avec ses longs épis d'été, est typiquement une plante où l'on observe plusieurs bourdons à la fois.

Le bourdon pique-t-il ?

Seules les femelles portent un dard, et les mâles ne peuvent donc pas piquer. Les femelles restent des insectes dociles qui ne piquent qu'en cas de menace directe, par exemple si l'on écrase un bourdon ou si l'on perturbe le nid. Contrairement à l'abeille domestique, le bourdon ne meurt pas après avoir piqué.

Il n'y a donc aucune raison de traiter un bourdon comme on traiterait un nid de frelon asiatique. Un nid de bourdons sous une haie ou au pied d'un mur ne pose en général pas de problème : il suffit de baliser l'endroit, d'éviter d'y passer la tondeuse et d'attendre l'automne, puisque la colonie s'éteindra d'elle-même.

Bourdon butinant une fleur bleue parmi des épis fleuris dans un jardin ensoleillé

Septembre et octobre : fin de la colonie, hivernage des reines

Les nouvelles reines s'accouplent avec les mâles en fin de saison. À l'automne, voire plus tôt pour certaines espèces, toute la colonie s'éteint à la mort de la vieille reine : mâles et ouvrières disparaissent avec les premiers froids. Seules les jeunes reines fécondées survivent ; elles passent l'hiver à l'abri, dans le sol par exemple, pour fonder une nouvelle colonie au printemps suivant.

C'est pourquoi un nid abandonné en octobre ne sera jamais réoccupé : la reine de l'année suivante en construira un nouveau, ailleurs. Inutile donc de détruire un vieux nid, et inutile aussi d'espérer le « garder » pour l'an prochain.

En pratique, l'automne au jardin compte pour les reines qui hivernent. Un sol qu'on ne retourne pas partout, une bande d'herbe laissée haute, un tas de feuilles ou de bois en fond de parcelle sont autant de refuges possibles.

Un pollinisateur en recul

Sur les cinq principaux pollinisateurs des cultures européennes, trois sont des bourdons. Avec les autres insectes pollinisateurs, ils apportent à l'agriculture européenne plus de 22 milliards d'euros par an, selon le document du Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin.

Leur situation est pourtant préoccupante. D'après la liste rouge européenne de l'UICN citée par le Parc, 24 % des espèces de bourdons d'Europe sont menacées d'extinction ; les effectifs de 46 % des espèces sont en déclin, 29 % sont stables et 13 % seulement en croissance. Les causes principales sont la destruction des milieux naturels, la malnutrition liée au manque de fleurs, les intoxications par les pesticides, la vulnérabilité aux virus et parasites, et le changement climatique. Le gouvernement du Canada cite aussi les effets cumulatifs de la pollution et des pesticides, en particulier les néonicotinoïdes.

Ce qu'un jardin peut apporter, saison par saison

  • Fin d'hiver et printemps : des fleurs dès mars pour les reines qui sortent d'hivernage, et des coins tranquilles (bois mort, talus, bordures non tondues) où elles pourront nicher.
  • Été : une floraison continue, avec des fleurs à corolle profonde ; pas d'insecticide sur les plantes en fleurs.
  • Automne : des zones de sol non travaillées et des abris laissés en place pour les jeunes reines.

Le calendrier du jardin et de la piscine aide à répartir ces floraisons et ces travaux sur l'année, de manière à ne laisser aucun mois sans fleurs.

Questions fréquentes

Combien d'espèces de bourdons y a-t-il en France ?

Près de 50 espèces de bourdons sont recensées en France, sur environ 250 dans le monde. Toutes appartiennent au genre Bombus. Les plus courantes au jardin sont le bourdon des champs, le bourdon terrestre et le bourdon des pierres.

Bourdon ou abeille domestique : comment les distinguer ?

Le bourdon est une abeille sauvage, plus trapue et plus velue que l'abeille domestique. Sa colonie ne dure qu'une saison et compte quelques centaines d'individus au plus. Il butine par temps froid ou pluvieux et ne meurt pas après avoir piqué.

Où passe l'hiver le bourdon ?

Seules les jeunes reines fécondées en fin d'été survivent à l'hiver, à l'abri, dans le sol par exemple. Mâles, ouvrières et vieille reine meurent à l'automne. Les reines ressortent en mars ou en avril pour fonder une nouvelle colonie.

Faut-il détruire un nid de bourdons dans le jardin ?

Non dans la grande majorité des cas. Les bourdons sont dociles et ne piquent que s'ils sont menacés. La colonie disparaît d'elle-même à l'automne et le nid n'est jamais réoccupé l'année suivante ; il suffit d'éviter de le déranger.

Qu'est-ce qu'un bourdon-coucou ?

C'est un bourdon du sous-genre Psithyrus qui ne fonde pas de colonie. La femelle pénètre dans le nid d'un autre bourdon au printemps et fait élever ses œufs par les ouvrières de l'hôte. Elle n'a pas de brosses à pollen sur les pattes arrière.

Sources et références

  • Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, Les bourdons du Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin — parc-cotentin-bessin.fr
  • Gouvernement du Canada, Espèces sauvages 2010 : chapitre 15 (bourdons) — www.canada.ca