Des feuilles de 30 cm de long sur un arbre de 10 à 12 m : ce sont les mesures que la commune de Trouy affiche pour le mûrier platane de son espace public. Ce gabarit n'a pourtant rien d'un platane. Le nom vient seulement de ses feuilles, larges et parfois lobées, qui évoquent celles des platanes d'alignement. Botaniquement, c'est un Morus, de la famille des Moracées, la même que le figuier, alors que les platanes forment à eux seuls la famille des Platanacées.
Cette confusion de vocabulaire en cache une autre : sous le mot « mûrier » se rangent des arbres très différents par la taille, les fruits et l'usage. Le mûrier blanc a nourri les vers à soie, le mûrier noir est cultivé pour ses fruits, et le mûrier platane sert avant tout à faire de l'ombre. Bien choisir commence par savoir lequel on a sous les yeux, ou dans le catalogue de la pépinière.
Mûrier arbre ou platane : ce qui les distingue sur place
La fiche publiée par la commune de Trouy, dans le Cher, pour l'exemplaire de son espace public décrit un feuillage caduc en forme de cœur, aux feuilles rugueuses pouvant atteindre 30 cm. Ce toucher râpeux est un premier indice : la feuille du platane est plus lisse et toujours découpée en lobes pointus, alors que celle du mûrier est souvent entière en forme de cœur sur les rameaux adultes, et plus volontiers lobée sur les jeunes pousses vigoureuses.
D'autres signes tranchent sans hésitation :
- l'écorce : celle du platane se détache en plaques et laisse une mosaïque beige et verte ; celle du mûrier reste grise, fissurée, sans desquamation ;
- la sève : un rameau ou un pétiole de mûrier cassé laisse perler un latex blanc, caractère des Moracées ; le platane n'en a pas ;
- les fruits : le platane porte des boules hérissées qui pendent tout l'hiver ; le mûrier, quand il fructifie, donne des mûres charnues au début de l'été ;
- la disposition : les feuilles du mûrier sont alternes, comme celles du platane, mais leur pétiole n'enveloppe pas le bourgeon, alors que la base creuse du pétiole de platane le cache.
Blanc, noir ou platane : trois mûriers qui n'ont pas le même métier
Le genre Morus réunit plusieurs espèces, mais trois seulement se croisent couramment dans les jardins. Leur différence tient moins à l'allure qu'à la raison pour laquelle on les plante.
| Espèce | Nom courant | Usage principal | Fruits |
|---|---|---|---|
| Morus alba | mûrier blanc | élevage du ver à soie, ombrage | blancs, roses ou violets, très sucrés |
| Morus nigra | mûrier noir | arbre fruitier | noirs, juteux, acidulés |
| Morus kagayamae (syn. M. australis, M. bombycis) | mûrier platane | ombrage, alignement | rares ou absents selon le clone |
Le mûrier blanc est celui des magnaneries : ses feuilles étaient cueillies pour les chenilles du bombyx, ce qui explique sa présence ancienne dans les Cévennes et la vallée du Rhône. Le mûrier noir pousse plus lentement, reste plus trapu et donne les fruits les plus parfumés, ceux qui servent aux confitures et aux sirops. Le mûrier platane, enfin, est choisi pour la largeur de son feuillage, qui crée rapidement une zone d'ombre fraîche au-dessus d'une table ou d'un banc.
Mûrier à feuille de platane, Morus platanifolia : un même arbre sous plusieurs étiquettes
Les pépinières vendent le même arbre sous les noms de mûrier à feuille de platane, Morus platanifolia ou Morus kagayamae ; on lit aussi « mûriers platane » au pluriel sur les fiches de lots d'alignement. Le point à vérifier sur l'étiquette n'est pas le nom, mais la mention du sexe ou du caractère stérile. Les mûriers portent souvent des fleurs mâles et des fleurs femelles sur des pieds séparés, et seuls les pieds femelles donnent des mûres. Les clones vendus « sans fruits » ou « stériles » sont des pieds mâles multipliés par bouturage ou greffage : ils fleurissent au printemps sans jamais salir le sol.

Taille adulte : la place qu'il faut réserver
La fiche de Trouy donne une hauteur de 10 à 12 m pour le mûrier platane laissé en forme libre. La couronne, très étalée, s'élargit souvent autant qu'elle monte. Planté au milieu d'une petite cour, il finit donc par couvrir tout l'espace et par toucher la toiture si on ne le conduit pas.
Trois règles de distance évitent les regrets :
- garder au moins la moitié de la largeur adulte prévue entre le tronc et la façade, pour que les branches ne frottent pas les gouttières ;
- s'écarter des canalisations, des regards et des fosses : comme beaucoup d'arbres d'ombrage, le mûrier développe des racines puissantes qui cherchent l'eau ;
- respecter les distances légales vis-à-vis du voisin : un arbre destiné à dépasser 2 m de hauteur doit être planté à au moins 2 m de la limite de propriété, sauf règlement local plus strict.
Pour qui veut un écran d'ombre et d'intimité sur une terrasse, le mûrier platane conduit en parasol est une option à côté des pergolas et des haies, présentées dans notre dossier sur la terrasse sans vis-à-vis.
Planter un mûrier arbre : soleil, sol profond, patience la première année
La commune de Trouy résume les besoins du Morus kagayamae en trois mots : exposition ensoleillée, sol bien drainé et profond. Il redoute surtout l'eau stagnante au pied ; une terre argileuse compacte se travaille largement avant plantation, ou s'évite. Côté froid, la fiche indique une rusticité jusqu'à -25 °C, ce qui couvre l'ensemble du territoire métropolitain hors haute montagne.
La plantation se fait pendant le repos de végétation, de novembre à mars, hors période de gel. Le trou mesure deux à trois fois le volume de la motte ; on y place un tuteur avant l'arbre, pour ne pas blesser les racines, et on arrose copieusement même sous la pluie afin de chasser l'air autour des racines. Les deux premiers étés, un arrosage profond par semaine en période sèche vaut mieux que de petites quantités quotidiennes : il pousse les racines à descendre. Une fois installé, l'arbre supporte les étés secs.
Novembre tombe aussi au moment où l'on bâche le bassin et rentre les pots : notre agenda saisonnier en e-book aide à placer la plantation de l'arbre parmi ces tâches d'arrière-saison.
Tailler le mûrier : forme libre, tête de chat ou parasol
Laissé libre, le mûrier platane forme une boule large qui ne demande qu'une taille de nettoyage : bois mort, branches qui se croisent, rejets au pied. Deux conduites plus serrées sont pourtant répandues dans le Sud, sur les places et dans les cours.
La tête de chat. On forme d'abord une charpente de quelques branches maîtresses à la hauteur voulue, puis on rabat chaque hiver toutes les pousses de l'année au ras de leur point de départ. Au fil des ans, ces coupes répétées au même endroit créent des renflements noueux, les « têtes de chat », d'où repartent chaque printemps de longues tiges feuillues. L'arbre reste compact, et l'ombre revient chaque été.
Le parasol. Les branches sont palissées sur un cadre horizontal, en bois ou en métal, posé sur le tronc ou sur des poteaux. Le feuillage s'étale alors en un toit plat, à 2,50 m ou 3 m du sol, idéal au-dessus d'une table.
Dans les deux cas, la taille se fait en plein repos de végétation, de décembre à février. Taillé trop tard, quand la sève remonte, le mûrier « pleure » : le latex coule abondamment des coupes, ce qui l'affaiblit et salit l'écorce. Les plaies de plus de quelques centimètres se coupent net, juste au-dessus du bourrelet de la branche, sans laisser de chicot.

Fruits, taches et feuilles mortes près d'une terrasse ou d'une piscine
Un mûrier femelle en pleine production lâche ses mûres en quelques semaines. Mûres et écrasées, elles tachent durablement les dalles claires, les lames de bois et les carrosseries, et attirent guêpes et oiseaux. Au-dessus d'une terrasse ou d'une plage de piscine, un clone stérile s'impose donc, et c'est d'ailleurs ce que vendent la plupart des jardineries sous le nom de mûrier platane.
Reste la chute des feuilles. Ces grandes feuilles tombent en masse sur deux à trois semaines à l'automne. Sur l'eau d'une piscine, elles saturent vite les paniers de skimmer et, coulées au fond, nourrissent les algues : mieux vaut planter l'arbre à quelques mètres du bassin, sous le vent dominant, ou poser une bâche d'hivernage avant leur chute. Celui qui préfère un arbre décoratif sans cette corvée trouvera des essences plus légères parmi notre sélection d'arbres à fleurs roses du printemps.
Maladies et ravageurs : un arbre peu exigeant
Le mûrier platane est réputé robuste. Les problèmes observés le plus souvent sont des taches brunes sur les feuilles par temps humide, sans gravité pour un arbre adulte, et quelques colonies de cochenilles sur les rameaux d'arbres stressés par la sécheresse. Un sol asphyxiant reste le vrai danger : en terrain détrempé l'hiver, les racines pourrissent et le feuillage jaunit dès l'été. Comme pour le cognassier du Japon, autre ligneux rustique, un bon drainage dès la plantation prévient la plupart des soucis.
Questions fréquentes
Les racines du mûrier platane sont-elles envahissantes ?
Elles sont puissantes et s'étendent loin, surtout dans un sol où l'eau manque. Elles ne détruisent pas une fondation saine, mais peuvent soulever un dallage léger et s'infiltrer dans une canalisation fissurée. Planter à distance des réseaux et de la maison règle la question.
Quelle distance laisser entre deux mûriers platanes ?
Pour des arbres conduits en forme libre, compter au moins 6 à 8 m entre les troncs. En tête de chat ou en parasol, la taille annuelle permet de les rapprocher à 4 ou 5 m pour former une allée ou un couvert continu.
Peut-on cultiver un mûrier arbre en pot ?
Pas un mûrier platane, trop vigoureux pour un bac. Il existe en revanche des mûriers fruitiers nains, issus du mûrier blanc ou de croisements, qui se cultivent en grand pot de 40 à 50 litres sur une terrasse ensoleillée.
Les mûres du mûrier platane se mangent-elles ?
Oui, quand un pied femelle en porte : elles sont comestibles, mais petites et moins parfumées que celles du mûrier noir. La plupart des arbres vendus sous ce nom sont stériles et n'en donnent jamais.
Le mûrier platane pousse-t-il vite ?
Il pousse rapidement une fois les racines installées, avec de longues pousses chaque année ; c'est d'ailleurs ce qui rend la taille en tête de chat possible. Un jeune arbre bien arrosé ses deux premiers étés donne une ombre utile au bout de quelques saisons.
Faut-il un pied mâle et un pied femelle pour avoir des mûres ?
Chez les mûriers dont les sexes sont séparés, un pied femelle a besoin de pollen d'un pied mâle voisin pour bien fructifier, même si certaines variétés fruitières produisent seules. Pour des fruits, achetez une variété fruitière désignée comme telle, pas un mûrier platane d'ombrage.
Sources et références
- Ville de Trouy, fiche arbre « Morus kagayamae – Mûrier platane » — villedetrouy.fr




