On croit souvent que la durée de vie d'une terrasse se joue sur l'essence des lames : ipé, pin ou composite. En réalité, une terrasse en bois se dégrade en 5, 8, 10, 20 ou 30 ans selon la qualité des matériaux, la ventilation et le respect des règles de pose, rappelle la brochure Résolument terrasse publiée par France Bois Forêt, l'Association Terrasse Bois (ATB) et Le Commerce du Bois. Or ces trois facteurs se règlent presque tous au niveau de l'ossature cachée.

Une lame d'ipé vissée sur une lambourde humide ou posée à même la terre finira par tuiler ou pourrir par en dessous.

Le rôle d'une lambourde de terrasse

La lambourde est la pièce de bois (ou d'aluminium) sur laquelle les lames sont vissées. Elle reçoit les charges du platelage et les transmet aux appuis : plots, cales, dallettes ou solives selon la hauteur de l'ouvrage.

Deux défauts menacent une terrasse en bois. Le premier est biologique : insectes et champignons attaquent un bois qui reste humide. Le second est mécanique : le bois gonfle et se rétracte avec les intempéries, ce qui provoque tuilage, gauchissement et soulèvement des lames. Une ossature bien conçue limite les deux : elle garde le bois au sec et lui laisse la place de bouger.

Repère 1 : la classe d'emploi et le bois de la lambourde

La brochure de l'ATB est catégorique : les bois de structure, lambourdes, solives et poutres, doivent être toujours en classe 4, bien stables et bien séchés. La classe d'emploi, définie par les normes NF EN 335, traduit l'exposition du bois à l'humidité ; la brochure retient la classe 4 dans la majorité des situations, terrasse sur jardin non couverte en tête.

Deux familles dominent :

  • Les lambourdes en bois exotique, que la brochure décrit comme naturellement résistantes mécaniquement et durables. Elles accompagnent logiquement des lames exotiques, avec des comportements proches au séchage.
  • Les lambourdes en pin traité autoclave classe 4, plus économiques. La brochure insiste sur la qualité du produit : un pin autoclave bon marché mais mal séché bouge davantage une fois en place.

Pour une lambourde bois, la stabilité compte autant que la durabilité. Une pièce vrillée à la livraison ne se redressera pas sous les lames : mieux vaut l'écarter.

Les lambourdes en aluminium forment une troisième voie, surtout avec les lames composites. Elles ne pourrissent pas, mais leurs portées et leurs fixations relèvent de la notice de chaque fabricant : aucune valeur générale ne s'applique.

Repère 2 : la section des lambourdes

La section habituelle d'une lambourde de terrasse est de 38 à 42 mm d'épaisseur pour 60 à 70 mm de hauteur, selon la brochure de l'ATB. Le même document donne un ordre de grandeur simple : l'épaisseur de la lambourde vaut en général deux fois celle de la lame.

Cette section convient à une terrasse basse, où la lambourde est soutenue à intervalles courts. Dès qu'elle franchit une portée importante, par exemple entre deux poteaux d'une terrasse en hauteur, elle devient une pièce de charpente. La brochure renvoie alors aux règles de résistance et de portée de la norme charpente (NF EN 1991 et NF EN 1995) : le dimensionnement se calcule, il ne se devine pas.

Planches de bois résineux brut empilées avec des intervalles, vues de face

Repère 3 : l'entraxe des lambourdes

L'entraxe, c'est la distance d'axe en axe entre deux lambourdes. La brochure fixe la règle courante : de 40 à 50 cm, en fonction du bois retenu pour le platelage et de l'épaisseur des lames. Une lame fine ou un bois plus souple appelle le bas de la fourchette ; une lame épaisse et dense tolère le haut.

Les jonctions de lames et le double lambourdage

Le NF DTU 51.4, révisé et republié fin 2018 selon la Fédération française du bâtiment, décrit le double lambourdage aux aboutements dans sa conception dite élaborée : à la jonction de deux lames bout à bout, chacune repose sur sa propre lambourde, avec un espace de quelques millimètres entre les lames. Le drainage est meilleur et le bois de bout, qui boit l'eau comme une paille, en absorbe moins.

Le même texte décrit le lambourdage croisé : deux épaisseurs de lambourdes superposées à angle droit. L'ossature gagne en rigidité et reste stable si quelques appuis faiblissent, par exemple après un affaissement ponctuel du terrain.

Repère 4 : garder les lambourdes de terrasse loin du sol

La règle de base de la brochure de l'ATB tient en une phrase : la structure et les lames ne doivent jamais être en contact avec le sol. L'espace sous le platelage assure la ventilation, qui améliore la stabilité et la durée de vie de l'ensemble. Les lames de rive qui cachent l'ossature doivent donc laisser passer l'air.

Entre la lame et la lambourde, la brochure recommande d'interposer une bande bitumineuse collée sur le dessus de la lambourde. Elle évite la rétention d'eau au point de contact, cause fréquente de tuilage des lames.

Repère 5 : l'appui des lambourdes selon le support

Le support décide du type d'appui. La brochure distingue trois situations.

SupportAppui des lambourdesPoint de vigilance
Sol dur (carrelage, dalle, vieux dallage)Plots réglables ou cales plastiques plates ou crantéesRattraper la pente pour poser le platelage à l'horizontale
Étanchéité (toit, balcon)Plots réglables à large baseNe jamais percer, pose flottante
Terrain naturel (gazon, terre)Plots béton, dallettes ou longrines, avec plots réglables si besoinGéotextile et sol stabilisé

Sur une dalle ou un vieux dallage

Sur un sol dur, les plots réglables et les cales isolent les lambourdes du sol et reprennent la pente du carrelage. Sur une vieille dalle de jardin, on peut percer pour fixer les lambourdes avec des chevilles à frapper ou des vis à béton. Sur un balcon ou un toit, la brochure déconseille de percer pour ne pas créer d'infiltration : la terrasse est alors posée « flottante ».

Sur une étanchéité

La brochure de 2012 cite des plots dont la base atteint au moins 300 cm², soit un diamètre minimal de 19,5 cm, pour ne pas poinçonner la membrane. Le NF DTU 51.4 révisé ne couvre plus les platelages posés au-dessus d'une étanchéité, qui relèvent de règles professionnelles distinctes, précise la FFB. Sur un toit-terrasse, la notice du fabricant de plots et l'avis de l'étancheur priment.

Sur un terrain naturel

On commence par un feutre géotextile contre la repousse des herbes. Si la terrasse longe la maison, une lambourde fixée au mur, la muralière, sert de référence de niveau et de premier appui. Sur un terrain instable (argileux, sableux ou fraîchement remblayé), la brochure conseille des plots béton de 40 x 40 cm, des longrines ou des dallettes de même format. Elle juge inutile de couler une dalle, sauf cas extrême. Les vis de fondation en acier, d'environ 80 cm, vissées dans le sol avec un outil spécial, remplacent parfois les plots béton.

Pour la pose détaillée sur plots, notre guide Construire sa terrasse en bois sur plots reprend le chantier étape par étape.

Lames de terrasse mouillées fixées par des vis inox apparentes, photographie en noir et blanc

Fixer les lames sur les lambourdes

La pose vissée visible reste la référence : le DTU révisé n'a conservé qu'elle et a retiré la pose vissée par le dessous, jugée trop complexe. La brochure précise les vis : inox, 5 mm de diamètre, d'une longueur égale à deux fois l'épaisseur de la lame plus 10 mm, soit 50 mm au minimum. Le préperçage est impératif pour les bois durs à partir de 800 kg/m³, la plupart des exotiques.

Les fixations invisibles par clips existent aussi, mais exigent un bois bien sec, à 18 % d'humidité au plus, pour que le clip tienne. Quel que soit le système, l'espacement entre lames tourne autour de 4 mm. On le réduit à 2 mm environ si le bois est humide à la pose, et on l'élargit à 6 ou 7 mm s'il est très sec, pour tenir compte du retrait ou du gonflement à venir.

Une fois l'ossature couverte, l'entretien porte sur les lames : notre article sur le saturateur pour terrasse bois explique quand le passer. Pour le choix des essences et la pose d'ensemble, voir notre dossier terrasse en bois.

Les erreurs qui ruinent une ossature

  • Descendre sous la classe 4 pour économiser : la brochure exige la classe 4 pour la structure et rappelle, pour des lames en classe 3, une durée de vie réduite (7 ans au lieu de 15 dans son exemple).
  • Poser du bois trop humide : au-delà de 18 % d'humidité pour les lames, le retrait à venir écarte les joints et déforme le platelage.
  • Oublier les jonctions : deux lames aboutées sur une seule lambourde étroite n'ont presque plus d'appui pour leurs vis.

Ces règles valent aussi pour les ouvrages voisins, comme un escalier en bois extérieur qui prolonge la terrasse : même classe 4, même ventilation.

Questions fréquentes

Quelle section de lambourde pour une terrasse ?

38-42 x 60-70 mm en général, pour une terrasse basse. Une terrasse en hauteur se calcule selon les normes de charpente.

Quel entraxe entre les lambourdes ?

De 40 à 50 cm d'axe en axe, selon l'essence et l'épaisseur des lames. Pour des lames composites ou en aluminium, l'entraxe donné par la notice du fabricant fait foi.

Quel bois choisir pour des lambourdes ?

Un bois en classe 4, sec et stable : exotique durable ou pin autoclave classe 4 de qualité, ou de l'aluminium sous des lames composites.

Faut-il mettre une bande bitumineuse sur les lambourdes ?

C'est recommandé : elle évite que l'eau stagne entre la lame et la lambourde.

Combien de lambourdes au m² ?

Avec un entraxe de 50 cm, environ 2 mètres linéaires par m² ; à 40 cm, environ 2,5 mètres linéaires, plus les rives et les doublages aux jonctions.

Peut-on poser des lambourdes directement sur la terre ?

Non. La structure ne doit jamais toucher le sol : on la pose sur plots, dallettes ou longrines, au-dessus d'un géotextile, avec une lame d'air pour la ventilation.

Sources et références

  • France Bois Forêt, Association Terrasse Bois et Le Commerce du Bois, Résolument terrasse : les clés d'une terrasse bois réussie (brochure diffusée par le CNDB) — cndb.org
  • Fédération française du bâtiment, Platelages extérieurs en bois : le NF DTU 51.4 dépoussiéré — www.ffbatiment.fr