Pourquoi un même site d'animés se retrouve-t-il sous une demi-douzaine d'extensions, animesama.eu, anime-sama.org, anime-sama.com et d'autres encore, au point que des dizaines de milliers de personnes tapent chaque mois son nom de domaine dans un moteur de recherche plutôt que dans la barre d'adresse ? La réponse tient moins à la technique qu'au droit : depuis la loi du 25 octobre 2021, un site bloqué en France ne peut plus se contenter de renaître à l'identique sous une autre extension sans s'exposer à un nouveau blocage, beaucoup plus rapide que le premier.

Aucune adresse active n'est donnée ici, volontairement : l'objet est d'expliquer ces changements de nom, les risques des copies et les solutions légales.

Que trouve-t-on derrière animesama.eu ?

Anime-Sama se présente comme un catalogue en français d'animations japonaises, en version originale sous-titrée et parfois doublée, complété par une bibliothèque de scans de mangas. L'accès se fait sans compte ni abonnement, et le financement repose sur l'affichage de publicités. Les épisodes et les chapitres proposés appartiennent à des studios, à des éditeurs et à des distributeurs qui n'en tirent aucune rémunération : c'est ce point, et non la gratuité, qui place le service hors de l'offre légale.

Le nom de domaine animesama.eu, sans tiret, n'est qu'une des formes sous lesquelles le site a circulé ou sous lesquelles on le cherche. Les requêtes « anime-sama.eu », « anime-sama.org » ou « anime-sama.com » relèvent de la même logique : l'internaute a gardé en mémoire une extension, la trouve inaccessible et tente sa chance avec une autre.

Une marque, plusieurs extensions

Pour un site de streaming non autorisé, l'extension d'un nom de domaine est un consommable. Quand un fournisseur d'accès bloque un domaine, l'éditeur du site en ouvre un autre, recopie son contenu et prévient sa communauté par les réseaux sociaux ou les messageries. Le nom de marque, lui, reste stable, ce qui explique le volume des recherches sur « anime sama nouveau site » ou « anime-sama nouvelle adresse ».

Le mécanisme juridique qui fait tourner les domaines

Le blocage judiciaire, puis les miroirs

La loi n° 2021-1382 du 25 octobre 2021 a fusionné le CSA et la Hadopi en une seule autorité, l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique). Elle lui a surtout donné un outil contre ce que le texte décrit comme un service reprenant « en totalité ou de manière substantielle » le contenu d'un site déjà visé par une décision de justice.

Le déroulé est le suivant. Un juge ordonne d'abord, par une décision définitive, le blocage d'un site. Ensuite, un titulaire de droits partie à cette décision peut saisir l'Arcom lorsque le même contenu réapparaît ailleurs. L'autorité demande alors aux fournisseurs d'accès visés par la décision d'empêcher l'accès au nouveau domaine, et peut demander aux moteurs de recherche et aux annuaires de cesser de le référencer. Ce blocage administratif ne peut pas durer plus longtemps que la mesure judiciaire d'origine. En cas de difficulté, le juge peut être saisi en référé ou sur requête.

Mains tenant un smartphone au-dessus d'un ordinateur portable ouvert

D'où l'impression, pour l'utilisateur, d'un site qui « déménage » sans cesse.

La liste publique des services contrefaisants

La même loi permet à l'Arcom de rendre publique l'inscription, sur une liste, des services ayant porté atteinte « de manière grave et répétée » au droit d'auteur ou aux droits voisins. Le service concerné est convoqué à une séance publique au moins quinze jours avant, et l'inscription vaut douze mois au maximum, avec possibilité de demander son retrait. Les annonceurs et partenaires commerciaux en relation avec un service inscrit doivent rendre ces relations publiques au moins une fois par an : la mesure vise directement le modèle publicitaire de ces sites.

Ce que risque celui qui cherche « anime sama nouvelle adresse »

Les copies opportunistes

Chaque changement de domaine ouvre une fenêtre pour des tiers. Des sites qui reprennent le logo et le nom d'Anime-Sama, sans lien avec l'équipe d'origine, captent les recherches de ceux qui ne trouvent plus le bon domaine. Certains redirigent vers de fausses mises à jour de navigateur, des applications à installer ou des formulaires qui réclament un numéro de téléphone.

Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes, donne un réflexe simple face à un site douteux : comparer l'adresse affichée par le navigateur avec celle du site officiel, une contrefaçon pouvant ne différer que d'un caractère, et survoler un lien sans cliquer pour voir où il mène. Le problème, avec un service non autorisé, est qu'il n'existe justement pas d'adresse officielle vérifiable : il devient impossible de distinguer l'original de l'imitation. Ce réflexe de vérification rejoint celui qu'on applique à un courriel suspect, détaillé dans notre guide pour ouvrir sa boîte mail en toute sécurité.

Les données et le paiement

Si une page vous a fait saisir des coordonnées bancaires, la même source recommande de faire opposition immédiatement auprès de votre banque, de conserver le message ou la capture comme preuve, puis de déposer plainte. Un mot de passe saisi sur un faux site doit être changé partout où il a été réutilisé, et la double authentification activée quand le service la propose. Les sites frauduleux peuvent être signalés à Phishing Initiative ; le 0 805 805 817 (Info Escroqueries, gratuit, en semaine de 9 h à 18 h 30) conseille sur les démarches.

Les avertissements de l'Arcom

Le dispositif de réponse graduée vise, selon la page d'aide de l'Arcom, la connexion d'un abonné utilisée pour télécharger ou partager illégalement des œuvres, en particulier par des logiciels de pair à pair qui remettent automatiquement en partage les fichiers récupérés. Les deux premiers avertissements arrivent par courriel ou par courrier ; la troisième étape est une lettre de notification signalant que les faits sont passibles de poursuites. L'Arcom précise qu'un avertissement authentique mentionne le nom du fournisseur d'accès et n'est jamais envoyé par SMS ni accompagné d'une demande de paiement. La lecture en streaming n'entre pas dans ce dispositif tel qu'il est décrit, ce qui ne la rend pas licite pour autant : elle alimente un service qui diffuse des œuvres sans autorisation.

Salon clair avec canapé gris, table basse en verre et téléviseur éteint fixé au mur

Les variantes passées au crible

Recherche tapéeCe qu'elle traduitCe qu'on trouve le plus souvent
animesama.eu / anime-sama.eusouvenir d'une ancienne extensiondomaine coupé ou page de redirection publicitaire
anime-sama.org / anime-sama.comtentative avec une extension « classique »copies sans lien avec l'équipe d'origine
anime sama nouveau siterecherche d'un relais à jourarticles de blogs, parfois des listes d'adresses non vérifiées
anime-sama nouvelle adressemême intention, formulée autrementpages qui changent de contenu au gré des blocages

Regarder des animés sans changer d'adresse chaque mois

L'Arcom tient un outil de recherche qui permet de vérifier si un site ou une plateforme est référencé dans l'offre légale, selon le critère du respect du droit d'auteur et des droits voisins fixé par sa délibération du 9 mars 2022. La recherche se fait par catégorie (cinéma et audiovisuel, séries, jeunesse, musique, livre numérique, jeu vidéo…). C'est la vérification la plus rapide avant de s'abonner à un service inconnu ou d'installer une application.

Les plateformes spécialisées et généralistes

Pour l'animation japonaise, des plateformes spécialisées comme Crunchyroll ou ADN (Animation Digital Network) diffusent des séries sous licence, souvent peu de temps après leur sortie au Japon, en version sous-titrée et pour une partie du catalogue en version française. Les plateformes généralistes de vidéo à la demande comptent aussi des animés dans leurs catalogues, tout comme certaines chaînes et leurs services de replay. Les formules, les prix et les catalogues évoluent souvent : la page d'offres de chaque service fait foi.

Le volume de données à prévoir

Un épisode regardé en haute définition pèse nettement plus lourd qu'en qualité standard, et la très haute définition creuse encore l'écart. Pour savoir ce que représente une saison complète sur un forfait mobile, notre explication sur la conversion des gigaoctets en mégaoctets aide à faire le calcul.

Questions fréquentes

Animesama.eu est-il le site officiel d'Anime-Sama ?

Aucune extension ne peut être qualifiée d'officielle au sens d'une adresse stable et vérifiable. Le domaine animesama.eu fait partie des noms associés au site, dont plusieurs ont été bloqués ou repris par des tiers.

Pourquoi Anime-Sama change-t-il de nom de domaine ?

Parce que la loi du 25 octobre 2021 permet à l'Arcom de faire bloquer les sites miroirs d'un site déjà visé par une décision de justice. Chaque blocage pousse l'éditeur à ouvrir un nouveau domaine.

Non. Le site diffuse des œuvres sans l'accord de leurs ayants droit. La réponse graduée de l'Arcom vise surtout le partage en pair à pair, mais le streaming non autorisé reste en dehors de l'offre légale.

Comment reconnaître une copie d'Anime-Sama ?

Fenêtres publicitaires en cascade, demande d'installer une application ou une « mise à jour », formulaire réclamant un numéro de téléphone ou une carte bancaire : ces signes doivent faire fermer la page immédiatement.

Où regarder des animés légalement en France ?

Sur les plateformes spécialisées comme Crunchyroll ou ADN, sur les services de vidéo à la demande généralistes et en replay. L'outil de recherche de l'Arcom indique si un service est référencé dans l'offre légale.

Sources et références

  • Légifrance, Loi n° 2021-1382 du 25 octobre 2021 relative à la régulation et à la protection de l'accès aux œuvres culturelles à l'ère numérique — www.legifrance.gouv.fr
  • Arcom, Réagir à la réception d'un avertissement — www.arcom.fr
  • Arcom, Rechercher un site proposant de l'offre légale — www.arcom.fr
  • Cybermalveillance.gouv.fr, Que faire en cas de phishing ou hameçonnage ? — www.cybermalveillance.gouv.fr