On entend souvent qu'un passage par StoriesIG rend « invisible » sur Instagram, sans contrepartie. La première moitié est exacte : la personne qui publie une story voit la liste nominative de ceux qui l'ont regardée, et un affichage fait par un site tiers n'y laisse pas de nom. La seconde l'est beaucoup moins. L'outil n'a rien d'officiel, il repose sur une pratique que les conditions d'Instagram proscrivent, et les nombreuses copies qui vivent de la notoriété du nom ne sont pas toutes inoffensives.

Quant à « storieisg », « storiesif », « storysig » ou « dtoriesig », ce sont les fautes de frappe d'un même nom, tapées sur un clavier de téléphone. Elles mènent toutes vers la même question : peut-on regarder une story sans que l'autre le sache, et à quel prix ?

Storieisg, storiesif, storysig : un seul outil derrière les variantes

Le nom d'origine est StoriesIG, contraction de « stories » et de « IG », l'abréviation courante d'Instagram. Son principe tenait en une ligne : on saisissait le nom d'utilisateur d'un compte, et la page affichait ses stories du moment, parfois ses stories à la une, avec un bouton pour enregistrer les fichiers. Aucun compte Instagram n'était demandé.

Trois repères pour situer l'outil :

  • Ce n'est pas un produit d'Instagram ni de Meta. Rien dans l'application ne renvoie vers lui, et aucune option officielle ne permet de regarder une story de façon anonyme.
  • Il ne fonctionne que sur les comptes publics. Un compte privé réserve ses stories aux abonnés qu'il a acceptés ; un site extérieur n'a pas plus de droits qu'un visiteur non connecté.
  • Son adresse et son état changent. Comme beaucoup d'outils de ce genre, il a connu des périodes d'indisponibilité, et des sites aux noms voisins se présentent comme « le vrai StoriesIG ». Cet article ne donne volontairement aucune adresse.

Le phénomène des noms qui se déclinent et des copies qui se multiplient n'est pas propre à Instagram : on le retrouve pour les sites de streaming, comme l'explique notre article sur les changements de nom d'Animesama.eu.

Ce que l'auteur d'une story voit vraiment

Pour comprendre ce que « anonyme » veut dire ici, il faut partir de ce qu'Instagram montre à la personne qui publie. Les éléments ci-dessous viennent de la page officielle consacrée aux stories.

RepèreCe que prévoit Instagram
Durée de vie d'une storyElle disparaît du fil, du profil et de Direct au bout de 24 heures
Liste des spectateursVisible en faisant glisser la story vers le haut : nombre de vues et noms de profil
Qui peut consulter cette listeUniquement l'auteur de la story
Combien de tempsJusqu'à 48 heures après la publication
Stories à la uneRestent sur le profil tant qu'elles ne sont pas supprimées
Public d'une storyTous les followers ou la liste d'amis proches, avec possibilité de la masquer pour certaines personnes

Deux conséquences pratiques. D'abord, regarder une story depuis son propre compte laisse bien son nom : l'auteur peut le lire pendant deux jours. Ensuite, une story mise à la une reste consultable au-delà de 24 heures, et c'est souvent elle que les visionneurs tiers récupèrent. Ils ne font qu'afficher ce que le compte a rendu public ; ils ne « percent » rien.

Femme tenant à deux mains un smartphone ouvert sur une application de réseau social

Storieisg et les conditions d'utilisation d'Instagram

C'est le point que les pages qui vantent ces outils passent sous silence. Les conditions d'utilisation d'Instagram, dans leur version française, posent plusieurs interdictions directement liées à ce que fait un visionneur de stories :

  • Collecte automatisée : il est interdit d'accéder à des informations ou de les collecter « de manière automatisée sans notre autorisation expresse », et le texte précise que cela vaut que la collecte ait lieu avec ou sans connexion à un compte Instagram.
  • Contournement : il est interdit de faire quoi que ce soit pour contourner les mesures qui contrôlent ou limitent l'accès au service ou aux données.
  • Revente de données : il est interdit de vendre ou d'acheter des données obtenues auprès d'Instagram, connecté ou non.
  • Droits d'autrui : il est interdit de publier les informations privées d'une autre personne sans autorisation, ou de porter atteinte à ses droits, y compris ses droits d'auteur.

Ces règles visent d'abord l'éditeur du site, qui récupère les stories de façon automatisée. L'internaute qui se contente de regarder n'est pas dans la même situation. En revanche, celui qui télécharge puis republie se place, lui, sur le terrain des droits d'autrui. Rappel utile : les conditions exigent aussi d'avoir au moins 13 ans pour utiliser Instagram, ce qui concerne directement les plus jeunes, gros utilisateurs de ces outils.

Télécharger une story : ce que dit le droit français

Le bouton « télécharger » des visionneurs est la partie la plus délicate. Enregistrer une photo ou une vidéo pour la regarder seul est une chose ; la renvoyer à d'autres ou la remettre en ligne en est une autre.

Selon la fiche de Service-public.gouv.fr sur le droit à l'image et la vie privée :

  • chacun peut autoriser ou refuser la reproduction et la diffusion publique de son image ;
  • l'accord écrit est en principe nécessaire pour diffuser l'image d'une personne reconnaissable, et il est toujours obligatoire pour un mineur (accord des parents) ;
  • publier sans accord une image prise dans un lieu privé est puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende ;
  • pour une image à caractère sexuel, la peine monte à deux ans et 60 000 €, même si l'image avait été obtenue avec l'accord de la personne.

Une story publiée par quelqu'un reste donc son contenu, et l'image de ceux qui y apparaissent reste la leur, même si le compte est public. Côté pratique, les vidéos enregistrées s'accumulent aussi dans la mémoire du téléphone ; pour lire correctement les tailles affichées, voir notre page sur la conversion des gigaoctets en mégaoctets.

Clavier d'ordinateur portable éclairé en bleu, vu en gros plan

Les risques des sites qui reprennent le nom StoriesIG

Un site qui affiche des stories gratuitement doit se financer, et c'est là que se trouvent les risques concrets pour l'utilisateur.

Publicités et redirections

La plupart des visionneurs vivent de la publicité, souvent agressive : fenêtres qui s'ouvrent, redirections vers des pages de jeux ou de « gains », fausses alertes de virus. Fermer l'onglet suffit dans la majorité des cas ; il ne faut rien installer de ce qui est proposé.

Demandes d'identifiants

Un vrai visionneur de stories publiques n'a jamais besoin de votre mot de passe Instagram. Un site qui le demande, même « pour débloquer les comptes privés », cherche à récupérer le compte. Aucun outil légitime ne donne accès aux stories d'un compte privé. Si vous avez saisi vos identifiants sur une telle page, changez le mot de passe sans attendre et surveillez les alertes de connexion qu'Instagram envoie par e-mail ; la marche à suivre pour consulter sa boîte mail sur ordinateur ou téléphone est détaillée à part.

Extensions et applications

Des extensions de navigateur et des applications promettent la même chose. Elles demandent souvent l'accès aux pages visitées, ce qui inclut les sessions ouvertes sur d'autres sites. Le gain, voir une story sans laisser son nom, est sans commune mesure avec ce que l'on confie.

Protéger ses propres stories

L'autre versant de la question intéresse ceux qui publient. Si une personne bloquée ou indésirable peut regarder vos stories par un site tiers, c'est que votre compte est public. Les réglages officiels permettent de reprendre la main :

  1. Passer le compte en privé : seuls les abonnés acceptés voient alors les stories, et les visionneurs extérieurs ne peuvent plus rien afficher.
  2. Utiliser la liste d'amis proches pour les stories plus personnelles.
  3. Masquer sa story pour certaines personnes précises, option prévue par Instagram.
  4. Trier les stories à la une, qui restent visibles sans limite de durée et sont les plus exposées.

Ces réglages ne règlent pas tout (une capture d'écran reste possible pour toute personne autorisée), mais ils ferment la porte aux outils automatisés.

Questions fréquentes

Storieisg fonctionne-t-il sans compte Instagram ?

Oui, c'était son principe : on saisit un nom d'utilisateur et la page affiche les stories publiques, sans connexion. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'un site qui réclame vos identifiants doit éveiller la méfiance.

Peut-on voir les stories d'un compte privé avec StoriesIG ?

Non. Les stories d'un compte privé sont réservées à ses abonnés acceptés. Les sites qui prétendent le contraire cherchent généralement à obtenir un mot de passe, un paiement ou l'installation d'un logiciel.

La personne sait-elle que j'ai vu sa story ?

Si vous la regardez depuis votre compte, oui : votre nom figure dans la liste des spectateurs, consultable par l'auteur jusqu'à 48 heures après la publication. Un affichage par un site tiers n'y apparaît pas sous votre nom.

Regarder un contenu public n'est pas en soi une infraction. En revanche, les conditions d'Instagram interdisent la collecte automatisée sans autorisation, ce qui vise ces sites, et republier une story sans accord peut porter atteinte au droit à l'image et au droit d'auteur.

Pourquoi StoriesIG ne marche plus ou change d'adresse ?

Ces services dépendent de l'accès aux données d'Instagram, que la plateforme cherche à limiter. Ils tombent donc régulièrement en panne, changent de nom de domaine ou sont remplacés par des copies au fonctionnement incertain.

Sources et références

  • Instagram, Conditions d'utilisation — help.instagram.com
  • À propos d'Instagram, Stories Instagram : créer, partager et vivre des moments ensemble — about.instagram.com
  • Service-public.gouv.fr (DILA), Droit à l'image et respect de la vie privée — www.service-public.gouv.fr